02 avril 2007
Discours du 31 mars de Nicolas Dupont-Aignan à la maison de la chimie
C’est avec beaucoup d’émotion que je vous retrouve aujourd’hui.
Votre présence si nombreuse à mes côtés comme tout au long de la campagne, témoigne et même démontre, s’il en était encore besoin, combien ma candidature était légitime et prometteuse ! Elle l’était d’ailleurs tant qu’« ils » ont tout fait pour l’empêcher d’aller à son terme.
Le régime des partis qui asphyxie la France, qui s’est réapproprié l’élection présidentielle au point de la dénaturer, n’a pas lésiné, vous le savez, sur les pressions de toutes sortes pour m’empêcher d’obtenir les 500 parrainages. En vérité « ils » ont réinventé un système de primaires au suffrage censitaire.
Oui mes amis, mes compagnons, mes camarades, nous sommes d’autant plus déçus que nous avons manqué la qualification de très peu. 442 parrainages, obtenus dans 71 départements sans l’aide d’aucun appareil partisan important, représentent déjà dans le contexte que vous avez bien connu un véritable exploit.
Je ne remercierai d’ailleurs jamais assez celles et ceux qui ont, tels des évangélistes, contribué à ce beau résultat malheureusement insuffisant.
Aurions-nous pu faire différemment ? Peut-être.
Aurions-nous fait mieux ? Je l’ignore.
Je laisse à chacun dans son département le soin de faire son examen de conscience.
Il reste qu’au-delà de cet échec, il faut voir avec lucidité d’où nous partions.
Souvenez-vous ici même dans cette salle, le 15 octobre 2005, du lancement de la campagne. Qui pouvait imaginer l’élan que nous allions susciter ? Que de chemin parcouru en l’espace de 18 mois !
Oui, nous avons été stoppés dans notre élan. Mais cet élan est bel et bien là. Je vous demande de ne pas, par déception, le minimiser :
- des dizaines de déplacements,
- des milliers de rencontres,
- des nouveaux et nombreux soutiens, notamment parmi les élus locaux,
- une notoriété grandie,
- un projet politique parvenu à maturité,
- des mouvements, clubs ou associations longtemps éparpillés enfin regroupés.
Cette longue pré-campagne aura été fructueuse. Elle aura montré aux Français que l’on peut aborder différemment la politique.
Parler vrai, aller enfin à la racine des problèmes, insister sur l’effort collectif, réhabiliter avant que cela ne soit à la mode l’amour de son pays, lier destin européen et français, aborder les questions internationales si décisives pour notre vie quotidienne.
Oui, autant le dire, quelles que soient les erreurs qui ont pu être commises ici ou là, j’ai la fierté d’avoir porté au cours de ces derniers mois, avec vous tous, une candidature digne, droite, cohérente.
Je garderai longtemps en moi les moments forts que vous m’avez offerts par votre ardeur à défendre nos convictions, votre générosité dans l’action.
De l’accueil en musique à Blumeray, petit village de Haute-Marne, aux meetings de la Mutualité ou du Gymnase Japy, que d’étapes en tous genres, que de rencontres, que d’émotions !
Mais au-delà des liens affectifs qui font la force de l’engagement qui nous rassemble au service de cette « certaine idée de la France », notre campagne, oui je dis « notre » car nous l’avons faite ensemble, a beaucoup conforté l’analyse que je fais, que nous faisons, sur l’état de notre pays et sur les moyens de le redresser.
Tout d’abord mes amis, il suffit de parcourir la France pour comprendre pourquoi nos compatriotes sont inquiets. Notre pays malgré ses atouts réels, va mal, très mal. Insécurité persistante, justice en lambeaux, immigration clandestine massive, école publique déboussolée, délocalisations massives, inégalités de plus en plus grandes entre les territoires et les citoyens. La liste est malheureusement longue des maux qui minent la France.
Cela ne veut pas dire pour autant, bien sûr, que notre pays soit condamné. J’ai pu, au cours de cette campagne, constater à quels points les Français ont envie de se battre. Entreprises de pointe, centres de recherche performants, agriculteurs dynamiques, etc… notre pays ne manque ni de talents, ni d’énergie. Il reste simplement que l’ensemble de ses forces vives ne se sentent ni mises en valeur, ni mobilisées, ni guidées.
En vérité nos compatriotes aimeraient tout simplement être gouvernés. Non pas gouvernés pour obéir à un cours des choses s’apparentant à une régression économique et sociale, mais gouvernés autour d’une ambition collective réalisable.
Comme je l’ai déjà dit et écrit vingt fois, les Français sont prêts à l’effort à condition d’en connaître à la fois le prix et les avantages à en attendre. A la condition que l’effort comme son bénéfice soient équitablement partagés.
J’ai pu constater ensuite, avec vous bien sûr, combien nos compatriotes sont méfiants à l’égard de tout discours politique. Ils ont été tant trompés. Le peuple français, sans doute le plus politique de la terre, ne supporte plus le double langage si fréquent des uns et des autres. Il veut de l’authenticité, de la sincérité, de la vérité.
Nos compatriotes ont bien compris que tout n’est pas possible. Ils se méfient des « zig-zag » dictés par les agences de communication. Un jour le coup du drapeau, un autre jour la commisération en faveur des « sans-papiers ».
Plus que jamais, la définition que faisait le Général de Gaulle du gaullisme me paraît correspondre à ce qu’ils espèrent de la politique : « Etre gaulliste, disait-il, c’est être de gauche et de droite à la fois. C’est être pour l’ordre et le mouvement à la fois, c’est être passionné et raisonnable à la fois ». Nos concitoyens attendent la passion indispensable au sursaut collectif mais aussi la raison qui permet d’apporter des solutions efficaces et concrètes à leurs problèmes.
Enfin, mes amis, j’ai pu constater combien nos compatriotes sont orphelins de la France. Car, oui la France est plus que jamais vivante dans leur cœur. Sous les cendres de la repentance et de l’esprit de démission, qui anime malheureusement nos élites, il y a bien la braise d’un peuple qui veut voir vivre la Nation. Une braise vive qui ne demande qu’à raviver le feu de la volonté collective.
Ce patriotisme n’est pas un avatar de l’odieux nationalisme, comme veulent le faire croire ceux qui n’aiment pas la France et prétendent interdire à quiconque de l’aimer. C’est un patriotisme tranquille, l’attachement profond de nos concitoyens aux valeurs de notre République.
C’est pourquoi ils attendent du futur Président qu’il ne se contente pas de beaux discours tricolores, mais qu’il défende et fasse prospérer l’exception française. La fameuse exception française, dont nos partenaires européens et Bruxelles veulent se débarrasser, car elle est universelle et remet en cause la loi du plus fort, les gros intérêts qui ont perverti ceux qui sont censés servir la belle idée européenne.
En définitive au cours de cette campagne, j’ai pu voir :
à quel point nos compatriotes sont inquiets pour leur avenir,
à quel point ils doutent des recettes des candidats du spectacle,
à quel point ils attendent une ambition raisonnable, des solutions à la fois concrètes et fortes aux difficultés du pays.
En définitive, nos compatriotes savent très bien que le destin de la France est sur le fil. Ils cherchent le Président qui sera capable de résoudre les difficultés du pays, de faire entrer la France dans le XXIème siècle tout en préservant son âme et sa personnalité.
Dans ce contexte et après les quelques jours de réflexion qui ont suivi le verdict du Conseil Constitutionnel, je me suis posé une question simple. Une question que vous n’avez pas pu ne pas vous poser.
Dois-je continuer le combat ?
Finalement, d’autres candidats ne pourraient-ils pas le porter ?
Notre idée de la France ne serait-elle pas aussi bien servie d’une autre façon ?
Avons-nous encore les moyens d’agir ?
Comment résister à la pression du système oligarchique politico médiatique, aussi illégitime soit-il ?
Le repos forcé m’a permis d’observer attentivement les clans, d’écouter les uns et les autres. J’ai compris tout d’abord pourquoi bon nombre de nos concitoyens étaient de plus en plus déboussolés par le tour schizophrénique de la campagne. Une campagne folle, où les fronts s’inversent, où les postures sont interchangeables, les références idéologiques et historiques des plus volatiles (verra-t-on bientôt la candidate du PS invoquer les mânes de Charles Maurras et celui de l’UMP chanter une ode à Louise Michel ?), tout ce grand bazar du tout et son contraire pour faire le maximum de bruit médiatique !
Comment, en effet, vouloir présider différemment la France, encenser la Nation et proposer de faire adopter par le Parlement l’essence de la Constitution européenne que les Français ont rejetée le 29 mai 2005 par leur vote souverain ?
Comment afficher son désir de cohésion sociale, d’intégration républicaine et refuser de départager celui qui respecte la loi et celui qui la viole ?
Comment se désoler de voir une France sans usines et tolérer plus longtemps une politique monétaire et commerciale européenne qui nous étrangle méthodiquement ?
La liste est longue des mots d’ordre, des effets de manche totalement contradictoires.
On comprend alors pourquoi les Français n’ont jamais été aussi indécis sur leur vote. Comment pourraient-ils croire que la France sera guérie alors même qu’ils constatent que la plupart des candidats refusent de s’attaquer aux différentes causes du mal ?
Comment rester les bras croisés devant un tel spectacle, allons-nous demeurer recroquevillés sur nous-mêmes, ruminant dans notre coin ?
A l’inverse est-il digne de rallier untel ou untel tout en sachant que les médecines proposées auront peu d’effets ?
Pouvons-nous parce qu’il manquait 58 parrainages, renoncer à servir notre pays, renoncer à porter cette « certaine idée de la France » dont nous avons aujourd’hui la responsabilité ?
Et bien NON, NON, NON et NON !
Mon devoir en octobre 2005 était d’être candidat.
Mon devoir aujourd’hui est de poursuivre notre combat. Je le fais avec d’autant plus de conviction et d’ardeur que vous êtes là et que, je le sens bien, vous êtes encore plus motivés, encore plus convaincus qu’hier.
Vous l’êtes, car dans l’histoire, la vérité pourvu qu’elle soit défendue l’emporte toujours. Et c’est bien parce que nous disons la vérité depuis plusieurs années, une vérité qui fait peu à peu son chemin, que nous devons redoubler d’ardeur.
Nous devons d’autant plus poursuivre notre combat que les Français qui ont du bon sens, comme ils l’ont prouvé le 29 mai, finiront, je n’en doute pas un instant, par nous donner raison.
C’est pourquoi je me réjouis que toutes les associations rassemblées aujourd’hui aient adopté le « pacte pour la France ». Un pacte qui a le mérite en quelques mots d’insister sur ce qui est fondamental pour nous, et sur quoi nous ne transigeons pas. Un pacte qui ne se contente pas de définir des grandes orientations mais qui, pour chacune d’entre elles, présente trois propositions fortes et concrètes.
Un pacte de bon sens.
Le bon sens tout d’abord de dire qu’il ne peut y avoir de sursaut qu’en respectant le peuple, en s’appuyant sur lui, en lui faisant confiance dans ses choix. C’est pourquoi rien ne pourra se faire dans notre pays sans reconstituer le lien entre les Français et la décision politique.
adopter tout traité européen par référendum,
instituer le référendum d’initiative populaire,
oxygéner notre représentation parlementaire par une dose de proportionnelle. Voilà trois réformes pour redonner le pouvoir au peuple.
Je pourrai ajouter aussi la moralisation de la vie médiatique en interdisant à une entreprise qui dépend des commandes publiques (armement – BTP) de devenir propriétaire de grands médias !
Le bon sens ensuite de dire que la France n’est épanouie et donc utile au monde que lorsqu’elle est elle-même, lorsqu’elle est libre. La question de la souveraineté est au cœur du malaise actuel. Pour redonner vie à notre démocratie, pour être capable de défendre nos intérêts, nous devons pouvoir maîtriser les grands choix qui nous concernent.
Choix sur la défense en évitant le retour progressif dans l’OTAN.
Choix diplomatique en affirmant l’indépendance de notre politique étrangère et en valorisant la francophonie.
Choix économique en renégociant le traité de Maastricht sur l’euro et en bousculant les règles de l’OMC.
Choix de sécurité intérieure en maîtrisant nos frontières.
Le bon sens de dire que seul un Etat ferme, exigeant, laïc, présent sur tout le territoire, peut garantir la cohésion territoriale et sociale. Oui, je crois, nous croyons à l’Etat. Lors d’un déplacement en province, je croisais un ancien Ministre. Il m’avoua que la campagne présidentielle ne le passionnait pas. Il ajouta : « je ne crois qu’en trois choses : la France, la République et l’Etat ».
Sans un Etat impartial, efficace, laïc, il n’y a pas en effet de vraie République et de France solide. Bien évidemment, il ne s’agit pas de conforter les privilèges et la mauvaise graisse mais plutôt de réformer, de muscler cet outil qui doit redevenir la garantie de l’égalité des hommes et des territoires.
Le bon sens de dire que pour survivre comme pays libre dans la mondialisation, il faut défendre nos intérêts économiques, comme le font d’ailleurs les autres grandes puissances.
La naïveté française dans le jeu des empires économiques d’aujourd’hui est confondante. C’est pourquoi, là aussi, le temps est venu d’un sursaut pour, par exemple, renégocier l’euro, instaurer la TVA sociale, doubler l’effort de recherche. Les délocalisations ne sont pas une fatalité à la condition de se donner les moyens d’un véritable patriotisme économique. Patriotisme qui n’est en rien contraire au libre marché puisque toutes les Nations qui réussissent en usent et en abusent.
Le bon sens de dire que la force d’un pays est liée à sa capacité à partager ses richesses et à responsabiliser ses citoyens. A égale distance du chacun pour soi ultralibéral et de l’assistanat qui endort, tout l’enjeu des prochaines années est d’inventer cette société solidaire qui récompense le mérite et redonne sa chance au plus faible.
Participation des salariés, sécurité professionnelle, accès à la propriété, développement durable.
Oui, la France peut inventer un nouveau modèle écologique et social et redevenir un exemple.
Ainsi, ce pacte pour la France peut devenir, si vous le voulez bien, notre feuille de route pour les prochaines années. Cela commence d’ailleurs dans trois semaines.
C’est à partir de ce pacte que je vous invite, en votre âme et conscience, à vous déterminer au premier tour de scrutin. Car je crois sage la décision prise en Assemblée Générale par Debout la République et les mouvements associés de ne pas donner de consigne de vote pour le premier tour de scrutin.
Mais ce pacte, vous le verrez, sera notre fil conducteur des échéances futures. Car la vie politique de notre pays ne s’arrête pas à l’élection présidentielle. Vous devez voir loin. Faute d’être traités à la racine, les problèmes de notre pays ne vont malheureusement pas disparaître et nos solutions à la fois différentes et sérieuses seront de plus en plus d’actualité.
Alors oui, mes amis, mes compagnons, mes camarades, l’état du pays, l’attente des Français, le cours de la campagne, m’obligent, nous obligent à continuer, à persévérer.
Oui, nous devons demeurer cohérents, droits, exigeants. C’est-à-dire défendre partout et toujours nos convictions et nos valeurs.
Mais, continuer c’est aussi, au-delà des grandes idées, s’organiser, se structurer, se renforcer pour bâtir une force politique gaulliste et républicaine indépendante.
Je me réjouis aujourd’hui de voir tous les petits ruisseaux qui ont alimenté ma campagne se rejoindre pour affirmer la volonté commune de bâtir une vraie force nationale, républicaine et sociale.
Un parti politique, oui, car nous avons manqué d’une structure solide, puissante, implantés sur tout le territoire.
Il ne s’agit pas de perdre notre âme dans des jeux politiciens, ni de cuire nous-mêmes notre petite soupe sur notre petit feu, mais de disposer d’un réseau actif, dynamique, de fédérer les centaines de milliers de Français qui voulaient voter pour moi.
Oui, mes amis, le temps est venu du rebond !
Oui, mes amis, il faut remonter sur le cheval !
Oui, mes amis, notre projet politique est le meilleur. Il répond aux attentes des Français. Il correspond à l’âme de notre Nation. Il faut simplement et c’est déjà beaucoup, s’élargir, se transformer, se structurer, se muscler.
Alors oui ce soir, je vous invite à vous rassembler, à vous lever, à vous projeter dans l’avenir pour préparer la France que nous aimons tous.
Nicolas DUPONT-AIGNAN
Député de l’Essonne
Maire d’Yerres
Président de Debout la République